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Le blog de T-H-A

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Des droits, toujours des droits. Parlons-en !


Liberté, égalité, fraternité ?

Publié par T-H-A sur 26 Avril 2010, 23:45pm

Catégories : #Mettons les choses au point

 

          On dit souvent que les voyages forment la jeunesse. Je n'aurais jamais pensé être tant formé en partant pour un simple petit voyage sympa à Londres. Je suis rentré vendredi de mes vacances prolongées londoniennes. Je ressens à présent le besoin d'en parler, de décrire avant que l'oubli ne frappe, ce qu'il s'est passé à Londres entre le 15 avril 2010, date de la fermeture des aéroports et ce 23 avril où nous sommes finalement arrivés chez nous.


           Tout a commencé à Londres donc. Nous étions depuis le samedi 10 avril chez des amis. De Big Ben à la Tout de Londres, en passant par le British Museum et la National Gallery, nous avions été enthousiasmés par notre séjour. Et c'est ce jeudi matin, comme on le dit dans les mauvais journaux, « que tout a basculé ». La première réaction fut évidemment l'incrédulité : « Quoi, un volcan islandais a fait éruption et bloque l'espace aérien de la Grande-Bretagne ? ». Puis on a réalisé que la situation ne s'arrangerait pas pour que l'on parte le lendemain Alors ce vendredi on a commencé à paniquer. Malgré un billet d'avion pour le lundi suivant, on se doutait bien que ce n'était qu'une promesse faite en fonction des estimations les plus optimistes du moment.


          Le week-end s'est passé dans le désespoir. Alors que notre avion était repoussé au mieux au jeudi, nous avons tenté toutes les solutions possibles. Il faut vous dire que rien ne marchait plus. Il n'y avait aucun moyen de réserver en ligne, pas moyen de réserver une place pour un ferry, ou même un train. Avec la tendinite qui frappait ma compagne, on n'avait pas le choix : on ne pouvait se résoudre à prendre un billet sans assurance de rentrer, pour se retrouver ensuite coincé à Douvres sur le port. La solution Eurostar n'en était pas une non plus. Car au delà de la difficulté à obtenir un billet, il fallait compter sur le prix et la vitesse à laquelle les places disparaissaient. Et pour 600 euros, nous n'étions pas prêts à renter. Ce qu'il y a de surprenant, c'est la vitesse à laquelle l'esprit s'adapte. Nous sommes passés de la déception de ne pas partir le lundi à la résignation.


           En désespoir de cause, nous nous sommes alors adressés au consulat de France, et c'est le lundi que nous nous sommes dirigés vers notre espoir. Nous nous sommes alors présentés devant la porte du consulat. Face à nous, une femme rien moins qu'aimable a refusé de nous laisser même entrer dans le bâtiment. Alors que nous ne demandions pas la Lune, seulement que quelqu'un nous aide à trouver un moyen de rentrer, on nous a dit de nous tourner vers toutes les solutions que nous avions déjà essayé en vain. Malgré notre détresse, leur porte est restée close, et ce n'est qu'en profitant du changement de personne à la porte que nous avons prétendu avoir perdu notre passeport pour pouvoir entrer. Là, il nous a fallu entamer de nouvelles négociations, perdus face à des gens qui refusaient de nous écouter, et nous proposaient encore et toujours les mêmes choses :


"Faites vous virer de l'argent !

  • Mais on n'arrive même pas à trouver des billets, rien ne marche !

  • Ah ben écoutez, il va falloir vous en accommoder !"

           Après de longues minutes à parler à des murs, nous avons fini par nous retrouver face à une personne qui a accepté de nous consacrer quelques minutes. C'est là que nous avons eu quelques informations très intéressantes : ce lundi, alors que 150 000 ressortissants français étaient coincés à travers le monde et que la Manche n'avait jamais été aussi dure à traverser depuis la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement français n'avait pas débloqué le moindre fonds, ni même affecté quiconque à l'accueil des personnes en détresse. "Ce n'est pas une situation de crise", nous a-t-on dit, en précisant plus tard qu'une situation de crise c'était quand rien ne marchait. Ce qui nous a choqué le plus, c'est que personne à aucun moment ne nous a demandé si nous avions un logement, ou demandé nos coordonnées pour nous aider plus tard, puisqu'il fallait nous "accommoder" de la situation ...


          Humiliés, nous sommes alors allés à la gare des bus pour trouver un billet pour Paris, sachant que nous avons des amis là-bas qui pourraient nous héberger. C'est à ce moment que j'ai failli craquer, quand on m'a appris que l'on ne pourrait pas nous trouver de bus avant vendredi dans la soirée. Résignés, nous avons alors accepté notre sort, finalement heureux d'avoir une solution de repli.

          Nous sommes alors rentrés chez nos amis, et avons suivi les actualités françaises sur Internet. Et nous n'avons une fois de plus pas été déçus par le culot des dirigeants français, qui promettaient que tous les moyens seraient mis en oeuvre pour que tous les Français rentrent dans les deux jours, trois jours au plus tard. Nous sommes alors retournés au consulat le mercredi, et là rebelote. Forts de notre expérience du lundi, nous avons à nouveau prétendu avoir perdu nos papiers pour pouvoir rentrer dans la bâtisse. Et là, rebelote encore, on apprend que la situation n'a pas changé. Malgré les déclarations du gouvernement, pas un centime attribué, pas une personne chargée d'acceuillir les naufragés du volcan islandais. Presque blasés, nous nous sommes faits la promesse d'en parler tout autour de nous dès que nous serions de retour en France.


          Puis, par un coup de chance extraordinaire et alors que j'avais abandonné tout espoir de ce côté-là, j'ai réussi à avoir un vol pour le vendredi matin alors que le site Internet de notre compagnie aérienne semblait accessible. Cela nous a évité plus de quinze heures de voyage supplémentaires dans un bus et un train, qui auraient été un calvaire pour le genou de mon amie qui ne pouvait plus marcher sans que cela déclenche des douleurs dans tout son corps, puisqu'elle était contrainte de compenser son articulation par des mouvements douloureux pour ses jambes et son dos. Pendant ce temps, le consulat n'a rien fait de plus. Monsieur l'ambassadeur devait être à une réception, occupé à montrer son bon goût de maître de maison ...


           Je retire de cette expérience quatre enseignements majeurs. Le premier, c'est que je pense fortement que le monde a changé avec cet évènement. Je ne dis pas ça parce que j'étais en première ligne, mais essayez un peu de penser à ce qu'une semaine d'interruption du trafic aérien européen peut faire sur une économie en pleine crise.

           Le deuxième concerne ce que j'appellerai les vautours : tout le secteur de l'hôtellerie qui ne s'est pas contenté de relouer des chambres déjà payées, mais a en plus augmenté ses prix pour que les gens moins chanceux que nous leur rentabilise largement une période de vacances déjà fructueuse.

           Troisièmement, nos institutions ont failli. Nos hommes politiques nous ont encore menti, et notre président pourtant si prompt à voler au secours des gens dans le besoin n'a pas daigné accorder son attention à l'affaire, tout occupé qu'il était à parler de l'insécurité dans les banlieues et à préparer son terrain pour les élections de 2012. Ils en sont tellement fiers de leur gestion de la crise qu'ils ont accaparé l'attention médiatique pour faire de la politique poubelle avec cette affaire qui fleure bon le caniveau du fameux polygame/intégriste/musulman/burqatiste/pas gentil du tout. Ils n'ont rien fait, et à l'heure où je vous parle des familles attendent encore de rentrer chez elles, refoulées des hôtels et sans un sou.

           Enfin, et c'est bien le seul point positif, j'ai été frappé par la solidarité des gens : Britanniques, Pakistanais, Afghans et bien d'autres, tous nous ont aidé de leur mieux et je leur serai toujours reconnaissant de leur geste de fraternité. La fraternité, elle s'est effacée des mairies françaises et de notre Nation, car maintenant on le sait : si vous partez à l'étranger, vous partez seuls car l'Etat français se moque éperdument de vous.

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