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Le blog de T-H-A

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Des droits, toujours des droits. Parlons-en !


Police blues

Publié par T-H-A sur 26 Octobre 2016, 08:39am

Catégories : #Mettons les choses au point, #Tempête de cerveau

plein le cul

plein le cul

Aujourd’hui, on va parler des manifestations de policiers. Autant vous dire qu’on ne va pas parler du fait qu’elles sont largement illégales, même si rien que ce fait suffit à vous montrer à la fois le raz-le-bol, et la détermination des forces de police, que je salue d’ailleurs au passage.

Au risque de ne pas être populaire, on va essayer de vous montrer à la fois pourquoi c’est légitime, et aussi un peu con. Ceci est évidemment de la provocation : il s’agit plus de dire pourquoi, au sens du propriétaire de ces lieux, ce qui n’engage que lui, cette colère est parfois mal dirigée, et certaines revendications trop éparpillées, mais c’est hélas souvent le cas quand on est en colère. Et là encore, elle est plus que légitime.

Avant tout propos, il est évident que ce type d’article concerne aussi les gendarmes, qui s’ils n’en disent rien, n’en pensent pas moins bien évidemment.

Si on cite les revendications des policiers, on a : 

  • Mauvaises conditions de travail
  • Conditions d’application de la légitime défense mal adaptées pour eux, avec la volonté de se voir appliquer un système identique aux gendarmes
  • Colère contre la justice « qui relâche les délinquants qu’on se fait chier à attraper »

 

Nous allons donc voir pourquoi sur le premier point, c’est encore pire que ce que les gens en pensent, et probablement plus grave que ce dont les policiers ont conscience, et sur les deux autres points sans doute une colère mal dirigée (mais là on rentrera plus dans le subjectif).

 

« C’est bien joli tout ça, mais tu as quoi comme légitimité pour juger un boulot que tu ne fais pas, tranquille dans ton fauteuil ? Tu n’y connais rien et tu viens donner des leçons ! »

N’oublions pas que je connais quand même pas mal le milieu judiciaire, mais surtout, je vais parler de ce que je connais, les conditions de travail.

 

On l’a dit, les conditions de travail sont la revendication principale dans ce qui a été avancé par les manifestants. Ils pointent le fait que leur sécurité au travail n’est pas assurée.

 Dans les métiers de la police, on peut identifier deux risques majeurs : le risque d’agression, et les risques psychosociaux qui découlent de l’activité.

Avant toute chose, on va défricher un point essentiel. Le Code du travail est applicable à la police depuis 1982, en ce qu’il concerne la santé et la sécurité au travail. Ca signifie donc, et c’est essentiel, que les principes notamment de prévention doivent y être appliqués, faute de quoi l’Etat employeur est responsable.

Et ça change tout. Si on prend l’exemple de l’attaque au cocktail Molotov qui a mis le feu aux poudres (très mauvais humour, j’en conviens), plusieurs points ont été avancés : l’inutilité de la tâche de surveiller une caméra de surveillance, le défaut d’équipement de la police, etc.

Et là, on boucle sur le Code du travail, vous allez voir comment c’est intéressant :

Pour mettre en place une démarche de prévention, il est nécessaire de s’appuyer sur les neuf grands principes généraux (L.4121-2 du Code du travail ) qui régissent l’organisation de la prévention. 

  • Éviter les risques, c'est supprimer le danger ou l'exposition au danger.
  • Évaluer les risques, c'est apprécier l’exposition au danger et l’importance du risque afin de prioriser les actions de prévention à mener.
  • Combattre les risques à la source, c'est intégrer la prévention le plus en amont possible, notamment dès la conception des lieux de travail, des équipements ou des modes opératoires.
  • Adapter le travail à l'Homme, en tenant compte des différences interindividuelles, dans le but de réduire les effets du travail sur la santé.
  • Tenir compte de l'évolution de la technique, c'est adapter la prévention aux évolutions techniques et organisationnelles.
  • Remplacer ce qui est dangereux par ce qui l’est moins, c’est éviter l’utilisation de procédés ou de produits dangereux lorsqu’un même résultat peut être obtenu avec une méthode présentant des dangers moindres.
  • Planifier la prévention en intégrant technique, organisation et conditions de travail, relations sociales et environnement.
  • Donner la priorité aux mesures de protection collective et n'utiliser les équipements de protection individuelle qu'en complément des protections collectives si elles se révèlent insuffisantes.
  • Donner les instructions appropriées aux salariés, c’est former et informer les salariés afin qu’ils connaissent les risques et les mesures de prévention.

Il faut bien comprendre que ces principes obéissent à de la logique pure, et imposent de se poser la question de comment faire pour prévenir les risques. Ils se lisent également de haut en bas, et s’appliquent de manière subsidiaire, c'est-à-dire que si le premier n’est pas suffisant, on passe au suivant, et ainsi de suite.

Vous noterez que dans le cas de l’attaque, la mesure de prévention consistant en donner des protections, qu’elles soient collectives (voitures blindées), ou individuelles (gilet pare-balles, armes), ne vient qu’en huitième position sur neuf. Et qu’on peut légitimement se poser la question de l’application du premier principe, ou formulé autrement : mais bordel, ça sert à quoi de surveiller une caméra de surveillance ? Le principe premier d’une caméra, c’est quand même de remplacer un planton qui surveille, parce qu’on considère quand même qu’une caméra pétée, c’est moins grave qu’un flic cramé. Enfin en principe, parce que là on se pose sérieusement la question de ce qui passe dans la tête de celui qui a ordonné cette surveillance, stupide dès même l’idée de base.

Encore une fois, je le répète, et l’exemple ci-dessus peut être reproduit à l’infini dans le cas de la police, ce qui est grave, mais ce sont des principes de bon sens.

 

Déjà, quand on voit la qualité de la prévention contre les risques d'agression, on peut dormir tranquille. Ou pas.

 

Maintenant on va parler de la légitime défense. Pour moi, c’est évident qu’une personne qui en tue, ou blesse une autre doit expliquer son geste et en répondre. De la même façon que tout agent d’une administration, ou toute personne doit pouvoir expliquer quand il crée un tort. Cela étant posé, je sors évidemment de la réponse politicienne qui se fait, et de la récupération plus ou moins nauséabonde qui est toujours le cas dans ce type de situation. Je vous signale quand même que quand on a une histoire d’homicide, les premiers sur place après les bestioles, ça reste quand même les politiques.

Mais la première question qu’on peut se poser, c’est déjà : est-ce qu’étendre la légitime défense pour la police ça sert vraiment ? Parce que si on reprend les principes plus haut, on tombe quand même dans la position 9, donc le dernier recours. C’est-à-dire qu’on fait peser toute la sécurité sur les réflexes et le professionnalisme des agents. Pour vous donner un exemple, c’est comme voir un ouvrier sur un toit mouillé, par gros temps, en tongs et en short, qui vous dit qu’il gère.

 

Ca laisse dubitatif.

 

Surtout quand on parle d’une situation où les policiers n’avaient, encore et encore une fois, rien à foutre là. Et si quelqu’un avait dit : « mais c’est complètement con de surveiller une caméra de surveillance », on était sûrs, mais alors à 100 %, sans aucun doute et sans contestation, que personne n’aurait été blessé. Ce qui n’est pas le cas si quelqu’un y va, qu’il soit protégé comme Robocop, et ait un permis de tirer tout ce qui bouge.

« Oui, mais souvent on est bien obligés d’y aller ! » Ben oui, c’est clair. Dans ce cas, si on y envoyait du personnel bien équipé, formé, pas rincé d’avoir fait des semaines d’insomniaque, en forme, et ben c’est possible :

  • Que la police soit encore plus efficace
  • Que les policiers soient mieux protégés

 

Moi je propose plutôt de commencer par là. Mais ça coûte cher, et c’est pas gratifiant. Par contre, faire une loi qui permet aux policiers de faire usage de leur arme plus facilement, ça coûte rien, ça rapporte beaucoup sur le plan de l’image de l’homme politique qui lui donne son nom (même si c’est son administration qui fait tout le boulot hein), et on s’en fout de ce qui se passe après.

Autant vous dire qu’on pourrait appeler ça une loi vaseline, parce que c’est bien le seul truc qu’on penserait à faire, mais vous l’auriez quand même tout au fond.

 

Et maintenant sur les risques psychosociaux.

On peut rajouter bien d’autres problèmes du quotidien, les petites loses qui font les grandes dépressions : comment se fait-il que la police dispose d’un outil de rédaction des PVs bien moins efficace que le premier logiciel de traitement de texte gratuit ? Et le fait que le personnel de police doive se cogner une tonne de travail administratif, alors que celui-ci pourrait être fait par du personnel compétent ?

Tout ça, ça reste encore super important, et la plus grande question, c’est pourquoi les policiers n’ont pas gueulé avant.

Maintenant on rentre dans la partie « polémique ». Aller reprocher des trucs aux magistrats, je pense que c’est clairement se tromper d’ennemi. Amis policiers, vous savez très bien dans quel état est la justice, elle est au moins aussi indigente que vous. Vous allez dans les tribunaux, vous voyez les prisons. Vous savez dans quel état tout ça se trouve. Ne vous trompez pas, ceux qui vous opposent aux magistrats, qui ont certainement leurs torts, cherchent à vous diviser. Ils savent que votre colère n’est pas habituelle, et ils en ont peur.

 

Diviser pour mieux régner ? A votre place, je me méfierais de tous ceux qui tiennent ce genre de discours.

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Angelilie 05/04/2017 18:20

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir

JeeP 26/10/2016 12:02

Je serais curieux de savoir comment les policiers auraient pu tirer à temps, assis dans une voiture aux vitres fermées, pour empêcher le jet des cocktails Molotov.
Assouplir le droit à utiliser leur arme, s'ils ne sont pas mieux entrainés, c'est quand même risqué. Les exigences pour les policiers http://www.europe1.fr/emissions/le-vrai-faux-de-l-info2/combien-les-policiers-ont-ils-de-cartouche-pour-sentrainer-au-tir-chaque-annee-2704591 sont inférieures à celle de quelqu'un qui pratique le tir sportif.
En plus de ça la comparaison avec les gendarmes me parait discutable : les policiers interviennent en zone urbaine, il y a plus de risque de blesser quelqu'un qu'en zone gendarmerie, plus généralement rurale. Ce n'est pas pour rien qu'on n'a pas le droit de chasser en ville. Pour exemple : "le pourcentage de touchés en usage est de moins de 10 %. Cela signifie que, généralement, quand on tire, on rate" http://lessor.org/les-armes-de-poing/ sauf que la munition, elle, elle finit bien quelque part...
Bref cette question de la légitime défense semble cristalliser les exigences des policiers et personnellement ne me donne pas envie de les soutenir (sans compter que si d'autres qu'eux manifestaient masqués on leur pèterait la gueule avant de les mettre en garde à vue - j'aurai du mal à pardonner la répression des manifs contre l'état d'urgence, la prise pour cible des street medics), alors qu'une revendication sur l'inadaptation du matériel ou l'inanité des ordres aurait eu mon appui. Mais l'idée qui ressort c'est plus "laissez-nous tirer, ça nous évitera de la paperasse".

T-H-A 26/10/2016 12:28

C'est le relais des hommes politiques d'un certain bord, et de certains syndicats de police. L'essentiel de leurs revendications est quand même d'abord les conditions de travail difficiles, quand tu écoutes les policiers eux-mêmes et pas leurs représentants, mauvais pour la plupart car partisans. Ca pose d'ailleurs la question de la qualité de la représentation sociale dans la fonction publique, mais c'est un autre débat.

Le problème de l'entraînement au tir que tu cites est éloquent, c'est un des mille aspects pourris du métier.

Sur la légitime défense, moi j'aurais plutôt tendance à dire qu'on doit aligner les gendarmes sur les policiers, qui sont pas plus compétents au tir, et ont des problèmes similaires, avec pas encore de syndicats costauds et aucune culture de la revendication. Quelqu'un qui en tue un autre doit toujours pouvoir en répondre et expliquer ses raisons, j'irais même jusqu'à dire que sur le plan psychologique ça me semble une étape nécessaire mais je ne suis pas psy.

On cristallise sur la légitime défense, de la même façon qu'on a pu parler du burkini : sujet en apparence facile, peu d'investissement et beaucoup de bénéfice politique/syndical. Et ça permet de cacher le fait qu'on est des burnes qui nient quand il s'agit de voir un peu l'efficacité du législateur et des syndicats.

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