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Le blog de T-H-A

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Des droits, toujours des droits. Parlons-en !


Donnez-nous notre pain (presque) quotidien

Publié par T-H-A sur 12 Février 2015, 16:28pm

Bonjour à tous !

Cela faisait bien longtemps que l’on ne m’avait point vu ici, mais vous savez bien que l’incertitude et la bêtise me font souvent sortir des bois …

Aujourd’hui, nous allons parler boulangerie, ou en tout cas pain (presque) quotidien.

Résumons les faits : un pauvre boulanger des Landes, artisan valeureux, se voit interdire la possibilité de créer de l’emploi et distribuer du bonheur en baguette, et ce par des infâmes agents de l’inspection du travail.

Au passage, notons qu'il a peut-être une excuse de ne rien comprendre à ce qu'on lui dit : il n'y a que lui qui peut contester la décision devant le tribunal administratif, et pas l'inspection du travail.

D’abord, remettons les choses en place : le « pauvre » boulanger emploie 22 personnes, ce qui commence à ouvrir la voie d’une supérette de la boulange. Autant vous dire qu’il ne doit plus si souvent mettre la main à la pâte. On pourrait lui répondre d’abord qu’ayant embauché en violation de la loi, il a commis une erreur de gestion dont il doit assumer les conséquences.

Mais on n’est pas comme ça ici, et on va répondre avec la loi.

Quel est le méchant texte inique ?

C’est celui-ci l’article L3132-29 du code du travail qui nous dit ça :

« Lorsqu'un accord est intervenu entre les organisations syndicales de salariés et les organisations d'employeurs d'une profession et d'une zone géographique déterminées sur les conditions dans lesquelles le repos hebdomadaire est donné aux salariés, le préfet peut, par arrêté, sur la demande des syndicats intéressés, ordonner la fermeture au public des établissements de la profession ou de la zone géographique concernée pendant toute la durée de ce repos »

A quoi cette vieille loi des années 30 ? Au passage, détail loin d’être anodin, cette loi n’a jamais été retouchée depuis, ce qui est significatif du truc sur lequel tout le monde est d’accord en fait…

En principe, en France, il est interdit à un salarié de travailler 7 jours sur 7, et en principe, le repos doit être donné le dimanche.

La conséquence c’est que dans certaines activités, comme la boulangerie en particulier, on avait à l’époque deux types de boulangers : ceux qui travaillaient avec leur femme, et ceux qui prennent un salarié ou deux. En effet, ne pouvant pas être au four et au pétrin, ce métier (difficile) ne peut s’exercer seul.

La loi n’interdisant pas un employeur de travailler 7 jours sur 7 (j’insiste sur ce mot on y reviendra), les boulangers sans femme travaillant avec eux se voyaient contraints de fermer le dimanche, pour permettre à leur aide de se sortir le nez de la farine, voire aller se chercher une femme pour ouvrir une boulangerie.

Alors, dans le souci de préserver la concurrence libre et non faussée, on a décidé de mettre tout le monde sur un pied d’égalité : on oblige les boulangeries à fermer un jour par semaine, et comme ça les boulangers tout seuls pouvaient embaucher, les magasins fleurir, et le bon pain se pétrir. Notez que le boulanger peut toujours faire ses comptes ce jour-là, ce qu'ils font souvent d'ailleurs.

Sauf que nous ne sommes plus en 1936 me direz-vous ! Vive la liberté du travail !

Je suis bien d’accord avec vous.

En 2015, voici comment se structure le métier : il reste évidemment notre couple de boulangers qui roucoule dans la farine. Nous avons également les pros qui dirigent à la baguette leur ouvrier.

Mais nous avons également de nouvelles formes de « dépôts de pain » : les grandes surfaces, et les magasins de pain, employant plus de cinq ou six personnes. Je ne cite pas leurs noms, mais vous voyez de quoi je parle : des chaînes de magasins, qui elles ont suffisamment de moyens pour investir et créer des magasins avec ouverture toute la journée en continu, et de tourner 7 jours sur 7.

Si on se penche sur le texte, vous noterez qu’il est pris sur la demande majoritaire des syndicats, de patrons et de salariés. Le préfet ne peut pas prendre une décision de lui-même. Et si ces mêmes syndicats ne sont pas d’accord, ils peuvent en demander l’abrogation.

Et maintenant, cette loi, et bien elle sert à protéger les boulangers traditionnels : ceux qui sont trop petits pour ouvrir 7 jours sur 7. Ceux qui aimeraient bien garder leur femme et qui aimeraient la voir un peu le dimanche (ou un autre jour), surtout qu’ils l’ont de moins en moins à leur côté au magasin, et qu'ils ne voudraient pas qu'elle parte avec le boucher.

Ceux qui perpétuent, eux, la tradition du bon pain et du travail bien fait. Ceux qui ne veulent plus être esclaves en permanence de leur magasin. Ceux qui veulent garder ces arrêtés..

Alors ce « boulanger » qui emploie 22 personnes, vous le rangez où ?

Et vous voulez l’acheter où votre pain demain, en supermarché ou chez votre boulanger de quartier ou de village ?

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